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Le national-populisme est là pour rester

[1]5,795 words

English original here [2]

La révolte contre le mondialisme

D’après la gauche, les peuples du monde sont sur le point de se donner la main et d’entrer ensemble dans un nouvel âge de gouvernement mondial et d’harmonie multiculturelle sous le règne d’élites cosmopolites bienveillantes. Mais il y a eu un petit problème sur la route de l’utopie, c’est-à-dire la montée du national-populisme : le Brexit, Trump, Orbán, Salvini, les Gilets Jaunes, etc.

Mais de nombreuses voix de l’establishment nous assurent que ce sont juste des revers temporaires. Le national-populisme est simplement une affaire de quelques démagogues charismatiques qui ont surgi de nulle part. Ou c’est simplement la suite de la crise économique de 2008, bien que cela date de plus d’une décennie. Ou c’est juste une réaction temporaire à la crise des migrants.

Mais, soulignent-ils, les démagogues vont et viennent. Les vieux électeurs mâles blancs qui les mettent au pouvoir vont mourir bientôt, et ils vont être remplacés par des “Millenials” [nés dans les années 2000] et des Zoomers et, bien sûr, par des non-Blancs. Dès que des immigrants non-blancs remplaceront tous ces Blancs arrogants et problématiques, nous n’aurons plus à nous inquiéter des démagogues populistes.

Je crois qu’ils pensent aussi qu’il n’y aura plus de mouvements de masse inattendus. Et qu’il n’y aura plus de crises économiques non plus. Emmanuel Macron était supposé être la réponse centriste et mondialiste au national-populisme, et cela n’a pas marché exactement comme prévu. Mais malgré tout, ils nous assurent que la marche vers la démocratie libérale mondiale sera à nouveau sur les rails un jour prochain.

Je souhaite dire que les mondialistes se trompent. Le national-populisme n’est pas un éclair dans un cercle. Le national-populisme est la vague du futur, et les ethno-nationalistes peuvent chevaucher cette vague vers le pouvoir et l’influence.

Le national-populisme d’Eatwell et Goodwin

Je recommande fortement le livre National Populism: The Revolt Against Liberal Democracy, par deux spécialistes britanniques de science politique, Roger Eatwell et Matthew Goodwin [1]. Il y a eu une série de livres récents sur la menace du populisme envers la démocratie libérale. Je pensais que ce livre National Populism allait être juste un livre de plus disant qu’il n’y a rien de plus menaçant pour la démocratie que d’écouter la volonté du peuple. Mais je suis heureux de pouvoir dire que je me trompais complètement.

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Bien que Eatwell et Goodwin soient clairement des hommes de gauche, ils sont aussi clairement des hommes de gauche anti-libéraux. Donc ils n’ont guère de patience pour le baratin libéral sur le national-populisme. Ainsi ils commencent leur livre en démolissant systématiquement les illusions libérales sur le déclin imminent du national-populisme. Ils produisent quelques études empiriques impressionnantes qui indiquent que le national-populisme est là pour rester ; il est le résultat d’un certain nombre de tendances sociales et politiques en Europe et aux Etats-Unis. Ces tendances sont bien ancrées, remontant à plusieurs décennies, et elles ne montrent aucun signe annonçant un déclin dans le futur proche.

L’une des statistiques les plus étonnantes qu’ils citent vient du World Values Survey. En Europe et aux Etats-Unis, une moyenne de 82% des sondés disent qu’“ils se sentent fortement attachés à leur nation”. Une moyenne de 93% “se voient comme faisant partie de leur nation”. Une moyenne de 90% “seraient prêts à combattre pour leur nation” (p. 146). Ce sont des chiffres remarquables, et ils indiquent que nous ne sommes pas sur le point de sauter dans le mondialisme pour l’instant.

Eatwell et Goodwin cite aussi des sondages sur les attitudes envers l’identité européenne dans l’Union Européenne : 71% des élites dans l’UE ont le sentiment qu’ils bénéficient de l’Union Européenne, alors que seulement 34% de la population générale dans les pays de l’UE pensent de cette manière (p. 104). Parmi les élites de l’UE, 50% pensent que les politiciens n’ont rien à faire de ce que le peuple pense, alors que le chiffre est de presque 75% dans le grand public (p. 104). Plus de 70% des politiciens dans l’Union Européenne disent qu’ils ressentent très fortement leur identité européenne. Seulement 50% environ des Européens en général disent qu’ils ressentent très fortement leur identité européenne (p. 101).

Je parierais que certains des gens qui ressentent fortement leur identité européenne sont des ethno-nationalistes, mais nous ne la ressentons pas du tout de la même manière que les gens qui sont en faveur de l’UE. Il serait aussi intéressant de savoir quel pourcentage de gens aiment l’UE pour des raisons “terre-à-terre”, par exemple parce qu’une monnaie unique et la possibilité de voyager sans passeport favorisent le shopping. Enfin, il serait intéressant de savoir quel pourcentage de ceux qui aiment l’UE ont cette opinion parce qu’ils la considèrent comme un instrument pour imposer des valeurs de gauche par la coercition.

Eatwell et Goodwin analysent quatre facteurs dont ils pensent qu’ils contribuent au national-populisme. Ils les appellent les “quatre D”. Le premier est Distrust [Méfiance], c’est-à-dire l’effondrement de la confiance publique dans le gouvernement. Le second est Destruction, spécifiquement la destruction de l’identité, la destruction de la composition ethnique et de l’ordre des sociétés du fait de l’immigration et du multiculturalisme. La troisième tendance est Deprivation [Perte], faisant référence à l’effondrement des niveaux de vie du Premier Monde – spécialement des niveaux de vie de la classe moyenne et de la classe ouvrière – du fait de la mondialisation. La dernière tendance est Dealignment [dés-identification], signifiant l’abandon du duopôle centre-gauche/centre-droit commun dans les démocraties post-Seconde Guerre mondiale.

Méfiance

Pourquoi la méfiance contribue-t-elle au populisme ? Le populisme est basé sur la distinction entre le peuple, qui a des intérêts légitimes qui ne sont pas représentés, et les élites dirigeantes corrompues, qui servent leurs propres intérêts – ou des intérêts étrangers et des intérêts de minorités – aux dépens du peuple.

Nous croyons que le gouvernement est légitime s’il gouverne dans nos intérêts légitimes. Nous croyons qu’un gouvernement sera plus incliné à gouverner dans nos intérêts s’il est composé de gens comme nous. En d’autres mots, nous croyons que l’auto-gouvernement est réel si nous sommes gouvernés par des gens comme nous.

Quand nos élites gouvernantes sont visiblement différentes de nous, nous ne leur faisons pas confiance pour gouverner dans nos intérêts ; nous nous attendons à ce qu’elles gouvernent dans leurs propres intérêts. Quand nous arrivons à cette conclusion, le gouvernement n’a plus de légitimité et doit être remplacé.

La légitimité est importante parce que si l’Etat n’est pas vu comme légitime, il ne peut pas assurer l’acceptation de ses politiques sans recourir à la coercition. La coercition rend l’exercice du gouvernement plus coûteux et affaiblit encore sa légitimité.

Certaines des statistiques de Eatwell et Goodwin illustrant la méfiance sont très remarquables. En 1964, 67% des Américains faisaient confiance au gouvernement US “la plupart du temps”. En 2012, quand Barack Obama fut réélu président, ce chiffre était tombé à 22% (p. 121).

Un autre sondage révélateur est en réponse à l’affirmation “Les dirigeants politiques n’ont rien à faire des gens comme moi”. En Suède, 45% étaient d’accord avec cette affirmation. En Allemagne c’était 52% ; au Royaume-Uni, 58% ; aux Etats-Unis, 67% ; en Pologne, 71% ; en Italie, 72% ; en France, 78%. Maintenant, la moyenne mondiale des gens qui sont d’accord avec cette question est de 63%, et la moyenne mondiale contient toutes sortes de kleptocraties, de dictatures et d’Etats faillis du Tiers-Monde. Ainsi en Pologne, en Italie et en France, il y a significativement plus de méfiance que la moyenne mondiale, et la moyenne mondiale est très mauvaise, quand vous pensez au genre de pays qui sont comptés là-dedans (p. 123).

Les ethno-nationalistes veulent un changement de régime. Nous voulons l’autodétermination pour tous les peuples. Ainsi, nous voulons remplacer tout l’establishment mondialiste, de gauche et de droite, par un nouvel establishment politique qui place les intérêts de chaque nation en premier. Pour faire cela, nous devons exploiter et intensifier la tendance existante vers la méfiance envers l’establishment. Et nous faisons déjà un sacré bon travail en faisant cela :

Les nationalistes excellent à débusquer, exposer et moquer de telles choses, contribuant puissamment à la délégitimation de nos élites actuelles et à la méfiance envers celles-ci. Nous devons continuer.

Mais un mot de prudence : nous ne pouvons pas aller jusqu’à imiter Alex Jones. Je pense qu’Alex Jones est un menteur irresponsable qui promeut des conspirations qu’il sait être fausses parce qu’il veut saper la confiance des gens envers le système social. Chaque fusillade est fausse. Chaque attentat terroriste est un “faux drapeau”. On nous demande de croire qu’il y a des armées entières d’“acteurs de crise”. L’Etat est tellement habile, riche et puissant qu’il peut créer une image complètement fausse de la réalité.

Si les gens croient à de telles histoires, cela n’affaiblit pas seulement leur confiance dans le système, cela affaiblit leur confiance en la logique et en leurs propres yeux. Mais il y a un problème avec cela. Le nihilisme épistémologique complet est très facile à lancer, mais il est difficile à arrêter. Vous pouvez croire que le train nihiliste vous emmènera vers votre destination, mais quand vous tirez la manette pour le faire stopper, il continue simplement à foncer sur les rails.

De telles théories présupposent aussi que le système est fondamentalement tout-puissant, ce qui conduit les gens raisonnables à la conclusion que toute résistance est futile. Franchement, si j’étais le représentant d’un establishment corrompu et dégénéré sans espoir de restaurer la confiance sociale, j’encouragerais des gens comme Jones, parce qu’une société où il n’y a plus aucune confiance sociale – même entre les individus – est une société incapable de s’unir pour renverser ses dirigeants.

Ce dont nous avons besoin, c’est de la méfiance ciblée. Nous devons cibler nos dirigeants, mais nous ne pouvons pas le faire en disant des mensonges qui sapent l’aptitude des gens à nous croire ou à se croire entre eux. Nous ne pouvons pas miner la rationalité publique – qui n’est jamais trop forte dans le meilleur des cas – ou la cohésion sociale basique, parce que nous allons en avoir besoin. Donc nous devons être honnêtes et scrupuleux dans notre propagande.

Il y a beaucoup de cyniques à droite, qui ont presque une mentalité de culte du cargo ; ils pensent qu’ils peuvent renverser nos élites malhonnêtes en devenant eux-mêmes une élite malhonnête. Ils disent “L’establishment nous ment tout le temps. Pourquoi ne pas faire la même chose ?”. Mais nous devons garder notre crédibilité, parce que c’est le plus grand atout que nous avons. Donc la propagande, oui. Les mensonges, non.

Destruction

Pourquoi la destruction de l’identité par le multiculturalisme et l’immigration promeut-elle le national-populisme ? Tout simplement parce que le multiculturalisme et l’immigration sont imposés à la population par les élites. La classe ouvrière et la classe moyenne souffrent le plus de l’immigration et du multiculturalisme, parce qu’elles manquent de l’argent nécessaire pour s’isoler des bas salaires et des espaces de vie détruits. Les nationaux-populistes, cependant, promettent de restreindre l’immigration et de préserver des identités nationales distinctes contre l’érosion multiculturelle.

Eatwell et Goodwin citent un grand nombre de statistiques qui indiquent que les Blancs sont de plus en plus rétifs au remplacement démographique et donc de plus en plus réceptifs aux messages nationaux-populistes. Juste avant le référendum du Brexit, 48% des gens en Grande-Bretagne disaient que le plus gros problème politique était l’immigration (p. 148). C’est un chiffre extrêmement élevé. Aux Etats-Unis, ce chiffre n’a jamais dépassé 19% (p. 147).

Voici un sondage répondant à la question : “L’immigration a-t-elle un impact positif ?”. En Grande-Bretagne, 40% disent cela, mais 45% disent aussi qu’il y a trop d’immigrants dans le pays, et 43% disent que “l’immigration fait que mon pays change d’une manière que je n’aime pas”. Au Canada, 40% disent que “l’immigration fait que mon pays change d’une manière que je n’aime pas”. Aux Etats-Unis c’est 46%, en Suède 44%, en Espagne 46%, en Allemagne 45%, en Pologne 41%. Ils ont une infime quantité d’immigration en Pologne, mais ils y sont très sensibles, ce qui est bon signe. En France, 49%. En Belgique, 56%. En Italie, 63%. Et en Hongrie, 54% (p. 149).

Ils citent un sondage d’Ipsos-MORI après l’élection de Trump, révélant que seul un Américain sur quatre pense que l’immigration est bonne pour le pays ; en France, ce chiffre était de 14%, en Italie de 10%, en Hongrie de 5% (p. 277).

Ils citent aussi un sondage sur l’acceptation d’une interdiction complète de l’immigration muulmane (p. 155). En Pologne, 71% sont pour, et seulement 9% s’y opposeraient. En Autriche, 65% voudraient avoir une interdiction complète de l’immigration musulmane, et seulement 18% s’y opposent. En Hongrie, 64%. En Belgique, 64%. En France, 61%. En Grèce, 58%. En Allemagne, 53%. En Italie, 51%. Au Royaume-Uni, 47%. En Espagne, 41%. Après la percée de l’Alternative für Deutschland, 60% des Allemands ont répondu que l’islam n’avait pas sa place dans leur pays (p. 277). La Pologne et la Hongrie ont le plus faible chiffre de gens qui s’opposeraient à une interdiction de l’immigration musulmane et avec le chiffre le plus élevé de gens qui soutiendraient une telle mesure. Je ne vois pas beaucoup d’ouverture au multiculturalisme radical dans ces chiffres.

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Etonnamment, les auteurs disent qu’il n’y a rien d’immoral en soi à vouloir préserver l’identité ethnique d’une société (pp. 74-78). C’est une concession stupéfiante de la part d’hommes de gauche. Ils disent aussi que pour beaucoup de gens c’est simplement de bon sens de vouloir préserver une société où ils se sentent à l’aise, et de penser que nous avons de plus grandes obligations envers nos voisins et nos compatriotes plutôt qu’envers les étrangers. Naturellement, un très grand nombre de gens sont irrités lorsque les gauchistes les accusent d’être des racistes parce qu’ils ont de telles attitudes de bons sens (pp. 78, 161–62).

Eatwell et Goodwin citent aussi des études indiquant qu’un nombre significatif de gens rejettent l’idée que la performance économique soit le seul standard du bien-être national. Par exemple, quand on leur a demandé si “une vie communautaire et familiale forte est aussi importante pour le bien-être qu’une économie forte”, 78% des Américains, 79% des Britanniques, et 83% des Allemands ont approuvé (p. 217).

Même dans le proverbial “pays de boutiquiers”, un nombre très important d’électeurs pro-Brexit pensaient que l’identité est plus importante que l’économie, alors que la foule anti-Brexit prédisait des pestes bibliques, un effondrement économique, et ainsi de suite, si le Brexit gagnait.

Beaucoup de gens ne croyaient pas à ces prédictions. Mais certains pensaient que même si elles étaient vraies, cela vaudrait quand même la peine de recouvrer leur souveraineté nationale, ce qui est tout à fait remarquable. Par exemple, 60% des Britanniques disaient que “des dommages significatifs à l’économie britannique seraient un ‘coût digne d’être payé pour le Brexit’ ”, et 40% étaient prêts à voir leurs propres parents perdre leur emploi pour assurer le Brexit (p. 36 ; cf. p. 278).

Ce sont des attitudes sur lesquelles les ethno-nationalistes peuvent bâtir. Notre mouvement a travaillé pendant des décennies pour accroître la conscience de la destructivité du changement ethnique. Mais nous ne pouvons pas trop nous congratuler, car nos efforts pour accroître cette conscience pâlissent en comparaison des effets du multiculturalisme lui-même. Nous attirons peut-être quelques personnes vers nous, mais c’est surtout le multiculturalisme lui-même qui les pousse vers nous.

Donc je pense que notre rôle le plus important est moins d’accroître cette conscience que de l’approfondir. Nous avons des explications sur le fait que le multiculturalisme crée l’aliénation et le conflit. Nous pouvons expliquer qui est derrière la mondialisation, l’immigration et le multiculturalisme, et pourquoi. Nous défendons la légitimité morale de la politique identitaire blanche contre l’idée répandue que la politique identitaire blanche, et seulement elle, est immorale en soi. Ce tabou moral est le grand barrage retenant la marée du national-populisme. Si nous pouvons briser ce barrage, cela libérera le déluge de l’identité blanche. Enfin, nous pouvons proposer des alternatives praticables et humaines, pas seulement du nationalisme civique de droite, qui fondamentalement ne fait que mentir d’une manière différente sur la diversité.

Perte

C’est vraiment simple d’approfondir la compréhension des gens sur la perte due à la mondialisation. Tout ce que cela requiert est de l’économie élémentaire. La mondialisation signifie la création d’un marché mondial unique pour le travail et les produits. Un marché du travail mondial signifie que les salaires et les niveaux de vie de la classe ouvrière et de la classe moyenne dans le Premier Monde chuteront, et que les salaires et les niveaux de vie du Tiers Monde monteront un peu, jusqu’à ce que nous atteignions une moyenne mondiale qui représentera la paupérisation de toutes les sociétés industrielles avancées, en Orient et en Occident. Mais les élites économiques mondiales s’enrichiront en effet beaucoup avec la paupérisation du Premier Monde [2].

Parce que les conséquences désastreuses de la mondialisation peuvent être prédites par l’économie de base, la mondialisation n’aurait jamais pu être soumise à un vote. L’immense majorité des habitants du Premier Monde n’aurait pas voté pour se paupériser eux-mêmes. La mondialisation devait donc être imposée par des élites utilisant tous les subterfuges possibles. Donc pour inverser la mondialisation, les nationaux-populistes doivent renverser les élites existantes et instituer des politiques économiques protectionnistes. Nous devons réindustrialiser le Premier Monde.

Dés-identification

La dés-identification est fondamentalement l’effondrement du système politique post-Seconde Guerre mondiale dans lequel le pouvoir était marchandé entre les partis de centre-gauche et de centre-droit, pendant que les sociétés occidentales dérivaient sans cesse vers le gauchisme culturel, vers un gouvernement de plus en plus intrusif, et vers la perte de la souveraineté en faveur de la mondialisation.

L’élection présidentielle française de 2017 est un remarquable exemple de dés-identification. La confrontation finale n’opposa pas des candidats de centre-gauche ou de centre-droit, mais la candidate d’extrême-droite Marine Le Pen et le candidat extrême-mondialiste Emmanuel Macron. Bien sûr, Macron était simplement un candidat socialiste sous une autre étiquette, mais le fait demeure que la crédibilité du Parti Socialiste était tellement abîmée qu’un changement d’étiquette était nécessaire.

Un exemple encore plus frappant est l’élection pour le Parlement Européen au Royaume-Uni en 2019, où le Parti du Brexit nouvellement créé de Nigel Farage remporta plus de 30% des suffrages. Le parti travailliste perdit la moitié de ses sièges. Les Tories perdirent 75% de leurs sièges. Et les libéraux-démocrates passèrent d’un à seize sièges, simplement parce que quelques électeurs travaillistes et tories mécontents ne voulaient pas voter pour le Parti du Brexit.

Ces élections sont comme une élection présidentielle américaine où les deux principaux candidats ne seraient ni démocrates ni républicains. Ils représentent des changements remarquables d’identification et de loyauté politiques en France et au Royaume-Uni.

Le facteur principal derrière la dés-identification est la compréhension croissante de la part des électeurs qu’il n’y a pas vraiment de différence fondamentale entre les partis. Il n’y a pas de véritable compétition. Il y a en réalité un cartel politique. Il y a un establishment politique qui a des façades différentes. Les différentes branches de l’establishment sont d’accord sur toutes les questions importantes. Ils sont en désaccord seulement sur des questions inessentielles, comme une sorte de théâtre qui captive le public et le maintient à la fois politiquement engagé et politiquement divisé.

Beaucoup de gens pensent naïvement que le pouvoir politique signifie avant tout battre l’autre équipe dans les luttes politiques, comme les élections. Mais il y a une forme plus profonde de pouvoir politique, qui détermine toutes les choses que les partis ne doivent pas défendre et qui ne sont jamais soumises au vote des électeurs. C’est le pouvoir réel. C’est le pouvoir de définir tous les débats politiques d’une manière qui les rend sûrs pour l’establishment existant.

Les ethno-nationalistes sont très bons pour démasquer la nature fausse et cartellisée de la politique démocratique. L’establishment politique est un club exclusif, et un politicien ne peut le rejoindre que s’il promet de représenter les intérêts des élites contre ceux des électeurs qui l’ont en réalité élu. Election après élection, les gens envoient leurs tribuns vers les capitales, pour les voir ensuite récupérés par l’establishment. Donc lorsqu’il y a un conflit entre l’intérêt public et les intérêts de l’élite, il est impossible de croire que nos représentants seront du coté du public.

Le honteux refus des Tories d’appliquer le Brexit en est la preuve spectaculaire. Theresa May avait un seul travail en tant que Premier Ministre : appliquer le Brexit. Elle ne l’a pas fait, parce qu’elle ne voulait pas le faire, parce que les élites mondiales ne voulaient pas que cela se produise. Dès que les gens perceront à jour la comédie de l’actuel système des partis, ils comprendront que leur souveraineté est systématiquement niée. Ensuite, de nouvelles identifications politiques deviendront possibles.

Quelle sorte de gouvernement veulent la plupart des Blancs ? Nous voulons un Etat interventionniste, socialement conservateur, un Etat qui prend le parti des classes ouvrière et moyenne contre les élites, et un Etat qui prend le parti des citoyens contre les étrangers. Ils veulent une économie mixte, pas le pur capitalisme ou le pur socialisme.

Assez curieusement, même aux Etats-Unis, où l’économie libertaire financée par les frères Koch est un dogme parmi les politiciens républicains et les experts, beaucoup d’électeurs républicains sont fortement opposés au démantèlement des dispositifs de sécurité sociale. D’après Eatwell et Goodwin, 73% des électeurs de Trump étaient opposés à toucher aux programmes d’aide et aux dispositifs de sécurité sociale. Ils y étaient encore plus opposés que certains électeurs de Bernie Sanders et Hillary Clinton (p. 264).

Mais les élites veulent une forme de gouvernement très différente. Si les gens veulent un Etat interventionniste socialement conservateur, les élites veulent une oligarchie mondialiste socialement libérale. Donc ils veulent démanteler toutes les barrières qui se trouvent sur leur route : tarifs douaniers, frontières, syndicats, identités et attachements nationaux, etc. Jonathan Bowden appelait ce système néolibéral mondial “oligarchie de gauche”, un mariage des valeurs de gauche et du capitalisme oligarchique hyper-stratifié [3].

Les Américains veulent un Etat interventionniste socialement conservateur. Mais on ne nous laissera jamais voter pour ce que nous voulons vraiment. Les Républicains diront : “Nous défendons les valeurs conservatrices !”, mais ils les empaquètent avec l’économie néolibérale. Les Démocrates disent : “Nous défendons un Etat interventionniste !”, mais ils l’empaquètent avec la dégénérescence sociale.

Quand les Démocrates arrivent au pouvoir, ils donnent aux élites ce qu’elles veulent : plus de dégénérescence sociale. Mais ils ne touchent pas aux politiques néolibérales, parce que c’est aussi ce que les élites veulent. Quand les Républicains sont au pouvoir, ils donnent des suppressions d’impôts aux oligarques, mais ils ne traitent pas les questions vraiment importantes, comme la construction d’un mur à la frontière, parce que les oligarques ne veulent pas plus de cela que du conservatisme social.

Ainsi peu importe qui est au pouvoir, les élites obtiennent ce qu’elles veulent, et le peuple n’obtient rien. Donc la politique et la société dérivent de plus en plus vers l’oligarchie de gauche.

La démocratie représentative contemporaine prospère aussi sur la légitimation négative. Les Démocrates en Amérique disent : “Votez pour nous, parce que nous ne sommes pas ces horribles Républicains !”. Et les Républicains disent : “Votez pour nous, parce que nous ne sommes pas ces horribles Démocrates !”. Les gens sont élus au pouvoir, non pour ce qu’ils représentent, ou même pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils ne sont pas. Cela leur donne un chèque en blanc pour faire tout ce qu’ils veulent lorsqu’ils sont aux affaires, tant qu’ils semblent suffisamment différents de leurs ennemis haïs. Et par une étrange coincidence, ils trouvent toujours plus facile de s’entendre avec l’agenda de libéralisme social et d’oligarchie mondiale de l’establishment.

Quand Donald Trump fut élu, il sema la terreur dans les coeurs des élites. Mais qu’a-t-il fait comme président ? Tout ce que l’oligarchie aime : des politiques républicaines typiques. Mais il n’a pas construit de mur à la frontiére. C’est très révélateur. C’est le même vieux modèle. La démocratie libérale occidentale prospère en donnant aux gens toutes sortes de choix, sauf ce qu’ils veulent vraiment. Démasquer ce modèle contribue beaucoup à la dés-identification politique et à la montée du national-populisme.

Surfer sur la vague

Eatwell et Goodwin ont mis une grande vague sur la couverture de leur livre parce qu’ils pensent que le national-populisme est la vague du futur. Ils vont en fait jusqu’à prédire, dans le chapitre appelé “Le moment post-populiste”, qu’il n’y aura pas de moment post-populiste.

La seule manière par laquelle les partis de l’establishment pourront rivaliser avec le national-populisme est d’adopter des politiques nationales-populistes. Peut-être en le délayant, en l’allégeant un peu : du national-populisme light. Mais c’est un aveu très important, parce que cela signifie que l’hégémonie du mondialisme est finie. Au lieu de débattre des différentes formes de mondialisme, nous débattrons maintenant des différentes formes de national-populisme. Cela crée une opportunité pour que les ethno-nationalistes entrent dans les débats politiques, et gagnent.

Donc comment surfer sur cette vague ?

D’abord, qu’apportons-nous à la table ? Les ethno-nationalistes ont la compréhension la plus réaliste de ce que sont les nations et les peuples, et de ce qui les fait prospérer ou échouer. En nous basant sur l’histoire, la science sociale, et finalement sur la biologie, nous disons que les sociétés sont renforcées par l’homogénéité génétique et culturelle et affaiblie par la diversité génétique et culturelle [4].

Populisme signifie que le peuple est souverain. National-populisme signifie que le peuple souverain est une nation. Mais qu’est-ce qu’une nation ? Notre réponse est qu’une nation est principalement une famille élargie unie par une histoire, une langue et une culture communes, c’est-à-dire un groupe ethnique.

Une composante secondaire d’une nation consiste en étrangers qui ont été “naturalisés”, c’est-à-dire qui sont devenus une partie de la nation par mariage mixte et assimilation culturelle. Les ethno-nationalistes soutiennent que c’est le droit de la nation au sens primaire de déterminer qui peut être naturalisé, et combien. Si une nation souhaite se préserver et se propager à travers le temps, elle doit réserver les naturalisations à un petit nombre de gens, et ces gens doivent être racialement et culturellement aussi similaires que possible à la population d’origine.

Donc nous rejetons l’idée “nationaliste civique” selon laquelle n’importe qui – et a fortiori des millions de gens culturellement et racialement divers – peut faire partie d’une nation simplement en jurant allégeance à un crédo national. Le nationalisme civique, en ignorant les effets destructeurs de la diversité génétique et culturelle, est une prescription pour l’aliénation et le conflit.

Ensuite, pour surfer sur la vague nationale-populiste, nous devons être de véritables nationaux-populistes. Cela signifie que nous devons limiter et écarter certains traits du mouvement ethno-nationaliste contemporain, c’est-à-dire les formes d’élitisme anti-populistes ainsi que le libéralisme résiduel du libre-échange.

Il y a beaucoup d’idées authentiquement anti-populistes flottant autour de la droite ethno-nationaliste. Beaucoup de gens de droite ricanent à l’idée même de souveraineté populaire, affirmant au contraire que la souveraineté devrait résider dans des dynasties ou des clergies ou des élites, pas dans des peuples. D’autres ricanent à l’idée même de démocratie. Toutes ces idées sont auto-marginalisantes et contre-productives.

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D’après Eatwell et Goodwin, “les électeurs les plus nationaux-populistes veulent plus de démocratie – plus de référendums et plus de politiciens empathiques et à l’écoute qui donnent plus de pouvoir au peuple et moins de pouvoir aux élites économiques et politiques établies” (pp. xi-xii). Nous ne gagnerons pas l’allégeance de ces gens en proposant un retour à la Loi de Manou.

Il est facile d’écarter la démocratie représentative, étant donné à quel point elle fonctionne mal aujourd’hui. Mais comme l’a remarqué Alain de Benoist, si nous avions réellement une démocratie directe sur des questions comme le commerce et l’immigration, nous aurions des politiques bien meilleures [5]. Si les gens pouvaient voter sur des questions de politique, jour après jour, avec leurs smartphones, nous aurions de meilleurs résultats que ceux que nous avons avec la démocratie représentative. C’est une vérité qui donne à réfléchir.

Dans mon essai “Notes on Populism, Elitism, and Democracy” [6], j’emploie des arguments de la Politique d’Aristote pour dire qu’un ethno-Etat devrait avoir un fort élément de démocratie. Le standard de justice est le bien commun d’un peuple, et un peuple véritable est un groupe ethnique. Dire que le bien commun d’un peuple est le standard de la justice équivaut à dire que le peuple est souverain.

Cependant, le bien commun du peuple est une réalité objective. Ce n’est pas une chose qui peut être déterminée simplement par convention. Par conséquent, les délibérations du gouvernement ne créent pas le bien commun ; elles le découvrent.Parce qu’il est possible pour la majorité de se tromper concernant le bien commun, simplement voter ne suffit pas pour déterminer ce qu’il est. Le bien commun ne peut être découvert que par une enquête rationnelle. Mais certaines personnes sont plus rationnelles que d’autres, et les gens les plus rationnels constituent une petite élite.

Cependant, si la détermination du bien commun est laissée seulement à un petit nombre, il y a un danger qu’ils poursuivront leurs propres intérets elitistes  aux dépens du corps politique. Par conséquent, pour assurer le bien commun, le peuple doit avoir une voix.

Donc nous avons plus de chances de servir le bien commun si nous avons un régime avec à la fois des éléments aristocratiques (élitistes) et populaires (démocratiques), où les élites peuvent guider les masses vers la vérité concernant le bien commun, et où les masses peuvent dissuader les élites de gouverner aux dépens du bien commun. Les élites tout comme les masses doivent participer si nous devons avoir un gouvernement authentiquement populiste.

Les droitistes rejettent l’idée que l’égalité est la plus haute valeur politique. Certains droitistes vont jusqu’à faire de l’inégalité et de la hiérarchie la valeur suprême. Ma réponse à ceux-ci est : quelle sorte de hiérarchie ? Des hiérarchies justes ou des hiérarchies injustes ? Il peut y avoir de bonnes hiérarchies et de mauvaises hiérarchies. Il peut y avoir des formes d’inégalité bonnes et mauvaises, justes et injustes. Nous devons défendre la justice. Pas la hiérarchie en tant que telle: une hiérarchie juste. Pas l’inégalité en tant que telle : une inégalité juste.

Et si notre préoccupation principale est la justice, il y a beaucoup à dire en faveur de la démocratie, si elle est bien comprise. Les ethno-nationalistes peuvent obtenir presque tout ce qu’ils veulent simplement en perfectionnant la démocratie. Mais nous n’irons absolument nulle part en faisant de l’inégalité et de la hiérarchie des fétiches.

Les nationaux-populistes doivent aussi sincèrement accepter l’interventionnisme économique. Les gens de droite ont tendance à accepter des politiques libre-échangistes qui sont subversives pour le bien commun et en décalage avec ce que les gens veulent, même aux Etats-Unis, le pays le plus enclin au capitalisme libre-échangiste.

L’économie est une véritable science, mais la plupart des gens croient que l’identité est plus importante que l’efficacité économique. Les gens de notre camp pensent que protéger la souveraineté nationale et les classes ouvrière et moyenne contre la mondialisation est plus important que le libre-échange. Nous devons nous soumettre à ces préférences. Ce sont des questions de valeurs politiques qui ne peuvent pas être résolues par l’économie seule.

Il y a évidemment beaucoup plus à dire sur la manière dont les ethno-nationalistes peuvent le mieux s’identifier au national-populisme. La première chose que nous devons faire est de le comprendre. Donc je recommande fortement le livre d’Eatwell et Goodwin, National Populism, à toutes les grosses têtes de notre mouvement. Ce n’est pas le dernier mot sur ces questions, mais un premier pas nécessaire.

Au-delà de cela, je pense que nous devons reconnaître que nous entrons dans une époque de grande imprévisibilité et de grande instabilité. Les temps de ce genre sont très résistants aux grands desseins, aux gens qui pensent qu’ils peuvent comprendre comment tout cela va se dérouler. Par exemple, quand Eatwell et Goodwin écrivirent leur livre, les Gilets Jaunes n’existaient pas. Quelle surprise ce fut ! Mais en regardant les chiffres de Eatwell et Goodwin sur le niveau extrêmement élevé de méfiance envers l’establishment en France, il est logique que les Gilets Jaunes aient eu lieu ici.

Si l’histoire est pleine de surprises, que devons-nous faire ? Regardons les Gilets Jaunes. Ce fut largement une révolte populiste spontanée. Ce ne fut pas le grand dessein de quelqu’un. Mais certaines choses l’ont rendue possible. D’abord il y a la saturation absolue de la société française par les idées nationalistes et populistes. Vous ne pouvez aller nulle part en France sans entendre des critiques nationales-populistes du système actuel et des alternatives à celui-ci. Chaque Français connaît les problèmes de la mondialisation et de l’immigration. Ensuite il y a les réseaux sociaux qui ont permis aux gens de s’organiser et de propager ces protestations très rapidement et de les soutenir pendant des mois sans discontinuer.

Mais encourager des idées et des réseaux sociaux qui rendent un changement politique possible est la tâche de la métapolitique de la Nouvelle Droite. C’est ce que nous faisons en ce moment. Donc nous devons continuer à le faire, mais grâce à Eatwell et Goodwin, nous pouvons le faire avec une confiance renouvelée que nos efforts sont en accord avec les tendances sociales profondes et durables. Il y a une grande vague qui monte derrière nous, une vague qui peut nous porter, finalement, vers nos buts.

C’est la transcription par F.K. d’une conférence improvisée à l’Etnofutur Conference à Talinn en Estonie, le 25 février 2019. Elle a été fortement modifiée et augmentée. Je souhaite remercier les organisateurs pour m’avoir invité à parler.

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Notes

[1] Roger Eatwell and Matthew Goodwin, National Populism: The Revolt Against Liberal Democracy (New York: Pelican, 2018).

[2] Greg Johnson, “The End of Globalization,” Truth, Justice, & a Nice White Country (San Francisco: Counter-Currents, 2015).

[3] Jonathan Bowden, “The Essence of the Left”, Counter-Currents, 26 août 2016.

[4] Voir Greg Johnson, “Qu’est-ce qui ne va pas avec la diversité ?” et “Homogénéité” dans Le Manifeste Nationaliste Blanc [éditions WRB, 2020] et dans It’s Okay to Be White.

[5] Alain de Benoist, The Problem of Democracy (London: Arktos, 2011). [traduction anglaise de la brochure du GRECE, Démocratie: le problème.]

[6] Greg Johnson, “Notes on Populism, Elitism, and Democracy,” New Right vs. Old Right  [Ce texte existe en traduction française, voir le recueil de textes de Greg Johnson, Le nationalisme blanc, éditions Akribéia, 2016] ; “Introduction to Aristotle’s Politics”, in From Plato to Postmodernism.