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La métaphysique de l’écologie intégrale

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Caspar David Friedrich, Paysage avec un lac de montagne au matin, 1823.

4,095 words

English original here [2]

Parmi les gens de droite qui s’occupent de la relation de l’homme avec le reste du monde naturel, on trouve un certain nombre d’approches. Il y a les conservatistes anthropocentriques, qui promeuvent l’« utilisation sage » ou la gestion prudente des ressources naturelles pour les générations futures. Il y a la variété sociale-darwiniste, qui voit l’humanité comme une partie purement biologique de la nature et soumise à ses dures lois. Et il y a ceux d’une tendance plus traditionaliste qui regardent le naturel comme une expression de l’ordre cosmique primordial qui demande notre respect. J’ai choisi d’appeler cette troisième variante « écologie intégrale », car cette approche de l’écologie est inséparable des plus grandes questions de métaphysique, de la nature humaine, d’éthique, et de politique [1].

C’est cette troisième approche des questions environnementales que je crois être la plus vraie et la plus cohérente, et je l’ai promue comme telle dans mes divers écrits. Cependant, puisque le lien entre métaphysique traditionnelle, politique de droite, et écologie intégrale peut ne pas être immédiatement claire, j’essaierai ici d’en expliquer ma compréhension. Comme je me considère plus comme un kshatriya qu’un brahmane, je ne prétends pas à l’originalité ou à l’exposition parfaite de la doctrine traditionnelle. Je crois cependant que les grandes lignes sont correctes et appuient l’inclusion d’une écologie intégrale dans la vision de la Vraie Droite.

Ma compréhension de la tradition primordiale est fortement influncée par les écrits de Julius Evola et de René Guénon. D’après l’école traditionaliste, cette doctrine sans âge fut exposée en Orient par les enseignants de l’hindouisme, du taoïsme et du premier bouddhisme. En Occident, elle fut le plus complètement expliquée par Platon et ses héritiers néoplatoniciens, bien que ses origines se trouvent beaucoup plus loin dans le passé, puisque les Grecs pensaient que leur sagesse venait d’Egypte. Que l’on croie ou pas aux origines vraiment non-humaines et primordiales de cette doctrine, elle réapparaît cependant dans l’histoire humaine dans des cadres culturels très variés et, avec un peu de réflexion et de pratique, peut être vue comme la plus vraie représentation de la réalité telle que nous la connaissons.

Je commencerai par tracer une esquisse de la doctrine métaphysique traditionnelle, puis j’expliquerai pourquoi elle forme un fondement nécessaire pour la pensée politique de droite ainsi que pour l’écologie intégrale. Je conclurai par une description des ennemis actuels de cette doctrine – la métaphysique antitraditionnelle, la gauche politique, et l’« environnementalisme » antropocentrique.

La Sophia Perennis

La métaphysique est la science des principes premiers. C’est la science maîtresse, sur laquelle toutes les autres sont fondées. La tradition primordiale, disent ses adhérents, provient d’un enseignement non-humain. Cela signifie que sa métaphysique est inhérente au tissu de l’univers, existant séparément de l’intellect humain et avant lui, et offre une compréhension complète, parfaite et vraie de la réalité.

D’après la doctrine traditionnelle, l’homme dans son état primordial percevait ces vérités directement. Si les humains ont déchu de leurs origines et ont perdu leur expérience directe du divin, cette sagesse et expérience mystique est encore accessible à l’humanité contemporaine au moyen de l’initiation, de la méditation et du rituel. Ces avenues vers la transcendance ont été préservées dans les grandes doctrines philosophiques et religieuses de l’ancien monde, qui en dépit de leurs adaptations historiques en des lieux et des temps différents offrent un moyen d’accès à la même réalité transcendante. C’est la signification de la traditio, qui désigne quelque chose qui est transféré d’une génération à une autre. Les gens de l’école traditionnaliste appelaient cela la Sophia Perennis, ou sagesse éternelle.

Les diverses manifestations de la tradition primordiale à travers l’histoire diffèrent par certaines particularités. Cependant, il y a des similitudes suffisantes pour tracer une vision métaphysique partagée. Au commencement se trouve le fondement divin, l’Etre absolu synonyme de la réalité elle-même, connu diversement comme Dieu, le Brahman, l’Un, le Tao, l’Absolu. C’est la réalité transcendante, le silence et le calme, l’ordre sous le chaos, l’unité avant la multiplicité. Elle contient tout et transcende tout. C’est le pouvoir ineffable et inconnaissable au centre du cosmos ; entier, complet, contenant toute perfection. Aucune description de ma part ne pourrait lui rendre justice, et les plus grands poètes et mystiques peuvent seulement nous en offrir des reflets imparfaits.

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Tout en étant parfaitement autosuffisant en Elle-même, l’essence de Dieu est débordante. Afin de pleinement réaliser la perfection de Sa nature, Il crée le cosmos et ses myriades d’êtres. Il crée et répand la matière de base de l’univers avec Son esprit, et toutes les choses finissent par être en accord avec les Formes divines qui existent dans Son esprit. Tout ce qui existe, par conséquent, participe à l’ordre divin.

Certaines forces et entités sont d’une nature plus spirituelle, alors que d’autres sont plus complètement matérielles. Il y a donc une chaîne de l’Etre en création, descendant de Dieu vers les anges et l’humanité et jusqu’à la matière inanimée, mais toutes les choses qui existent sont néanmoins touchées par le divin. Ainsi, alors que les gnostiques et les dualistes négateurs-de-la-vie du manichéisme condamnaient la matière comme totatement mauvaise et postulaient un rigoureux dualisme entre matière et esprit, dans la métaphysique traditionnelle tout ce qui existe est en un certain sens divin – bien que certaines entités possèdent la divinité à des degrés plus ou moins grands. Le mal apparaît dans un être qui est privé de ce bien, ayant oublié l’ordre divin en faveur de sa propre volonté.

La métaphysique traditionnelle est donc panenthéiste, ce qui signifie qu’elle conçoit Dieu comme contenant et répandant la totatité de l’existence tout en la transcendant en même temps. Ceci diffère du panthéisme, qui affirme simplement que « le monde est Dieu », du fait qu’elle reconnaît à l’existence de Dieu une dimension qui transcende le monde matériel. Ainsi, alors que le panthéisme se prête au relativisme (puisque toutes choses sont également « de Dieu » et en un certain sens indistinguables), la conception traditionnelle permet l’existence d’entités distinctes et permet de distinguer lesquelles sont plus en moins en accord avec la nature divine.

Additionnellement, la métaphysique traditionnelle diffère du théisme classique en niant une stricte distinction Créateur/créature. En un certain sens elle est moniste, en ce que toutes les choses sont en fin de compte des manifestations de l’être transcendant et manquent donc d’une réalité indépendante. Cependant, elle est aussi émanationniste, regardant l’eixistence comme une émanation ou une descente du divin dans la matière. Ainsi, si un fossé existe nécessairement entre Dieu et l’homme, il est possible pour l’homme par la purification et la méditation d’obtenir une expérience mystique de Dieu qui serait impossible si un strict dualisme existait.

Si l’enseignement de la tradition primordiale est éternel, il s’est manifesté dans l’histoire humaine de différentes manières selon les facteurs culturels, raciaux et historiques. Je me concentrerai principalement sur l’Occident. Bien que beaucoup de gens de droite (incluant Evola lui-même) rejettent le christianisme pour un certain nombre de raisons très compréhensibles, le christianisme a été, pour le meilleur ou pour le pire, le principal véhicule de la métaphysique traditionnelle dans le monde occidental pendant les deux mille dernières années, et supporte le débat à cet égard [2].

Si de nombreux courants de la pensée chrétienne ont fortement mis l’accent sur la création ex nihilo et sur la distinction Créateur/créature, et ainsi maintenu un strict dualisme, ce n’est ni la seule école de pensée ni l’école historiquement dominante. Les théologiens particulièrement influencés par la pensée grecque et les Pères orientaux ont typiquement proposé une conception de Dieu plus en accord avec la métaphysique traditionnelle du monde classique : ceci inclut Saint-Augustin, le pseudo-Dionysos, maître Eckhart, Nicolas de Cuse, Dante, et Jacob Boehme. Ces penseurs croyaient certainement au Dieu de la Bible, mais en cherchant à pénétrer le mystère de Son existence ils se tournaient vers la philosophie grecque en plus des Ecritures. Il n’y a pas de contradiction, puisqu’avant la Réforme les chrétiens croyaient généralement que la révélation pouvait être trouvée dans « le livre de la nature » et tentaient de synthétiser la pensée chrétienne avec les vérités apprises par le monde antique. Ils différaient des Grecs en regardant l’homme comme un être déchu, piégé par le péché et donc temporairement séparé du divin. Cependant, Dieu donna son Fils à l’humanité, qui servirait de Sauveur, d’exemple et de pont entre Dieu et l’Homme, reconstruisant le chemin vers la transcendance et l’expérience mystique qui avait été brisé par la désobéissance d’Adam. Ainsi, par la purification, l’ascétisme et la prière, il serait possible à l’homme d’obtenir un certain aperçu du mystère suprême. Contrairement au néoplatonisme plus froid du monde antique, le Dieu chrétien était un Dieu d’amour. L’exemple le plus élevé de cet amour englobant tout ou agape dans l’histoire de l’Eglise, après le Christ lui-même, fut Saint-François, dont l’amour s’étendait aux oiseaux et aux loups et au soleil. Cela donna une dimension unique à la tradition chrétienne qui la rendit probablement hautement attrayante pour l’âme faustienne dynamique de l’Europe.

Cette tradition ésotérique dans le christianisme exista à coté de la tradition exotérique plus littérale et ritualiste pendant des centaines d’années. En théorie, aucun conflit n’existe entre elles. Cependant, à mesure que l’Eglise devenait de plus en plus ossifiée et soupçonneuse envers tout ce qui sentait l’hérésie, particulièrement après la Réforme protestante, certains aspects de la tradition devinrent clandestins, survivant dans des mouvements comme l’hermétisme et le rosicrucianisme. Si l’Eglise contemporaine dans son ensemble semble être grandement séparée de ses origines, elle reste néanmoins le dernier véhicule intact de la tradition primordiale en Occident, et quels que soient les défauts de la Curie ou de ses ecclésiastiques, la doctrine et le rituel demeurent sains.

Des échos de la tradition primordiale peuvent aussi être trouvés chez les penseurs romantiques et les Idéalistes Allemands qui rejetaient le matérialisme des Lumières et revenaient à une conception plus organique et spirituelle du cosmos. Cette approche païenne, romantique, nietzchéenne et heideggérienne est peut-être bien la plus agréable pour les lecteurs qui méprisent le christianisme. S’il était plus explicitement affirmateur du monde, le romantisme était fortement influencé par le néoplatonisme et une grande partie de son art concerne la présence du divin dans l’homme et la nature. L’Idéalisme allemand, en particulier la philosophie de Fichte, Schelling et Hegel, regardait la nature et l’histoire humaine comme un  processus d’auto-révélation de la part de l’Absolu, et considérait l’humanité comme l’Absolu se reflétant sur lui-même. Même chez le Heidegger tardif, nous trouvons une conception spiritualisée et mystique de l’Etre comme le fondement absolu de l’existence qui se révèle à l’humanité. Il y a d’évidentes différences dans l’exposé et l’accentuation, mais la continuité existe.

Pour le dire le plus simplement, l’essence de la tradition primordiale est la réalité de l’esprit et la possibilité de transcendance. Toutes ces traditions et philosophies offrent, dans des langages et des concepts adaptés à des cultures et des époques différentes, une voie particulière pour approcher une vérité primordiale : que le cosmos est un tout organique interconnecté, un ordre naturel qui demande notre soumission. En d’autres mots, elle enseigne qu’il y a plus que de la matière dans l’univers, et qu’il y a un pouvoir transcendant qui ordonne toutes choses. De plus, elle enseigne que par l’initiation, la méditation, la purification et divers exercices spirituels, l’homme peut finir par connaître cette réalité transcendante et s’en rapprocher. Ses acolytes croient que l’humanité primordiale était en possession de cette sagesse initiatique et qu’elle a été préservée, sous des formes variées, pour le présent. Elle s’oppose donc aux idéologies matérialistes et athées modernes aussi bien qu’aux conceptions religieuses qui sont purement mondaines ou affirment un gouffre insurmontable entre l’homme et le divin. Il va sans dire qu’elle rejette aussi l’arrogance de l’époque actuelle qui considère toutes les époques précédentes comme barbares, superstitieuses et ignorantes.

La Tradition Primordiale, la droite politique, et l’écologie intégrale

Ayant esquissé les principes de base et les manifestations historiques de la tradition primordiale, il reste maintenant à expliquer la connection entre sa métaphysique, la droite politique, et l’écologie intégrale.

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La métaphysique concerne la vérité concernant Dieu et la réalité. C’est une science de l’ordre divin. Les adhérents des principales religions du monde croient généralement que l’humanité a déchu d’un état de pureté et d’ordre originels et qu’en conséquence, le monde est en train de décliner dans un état de chaos. Si ce déclin peut être nécessaire d’un point de vue métaphysique, d’un point de vue éthique la responsabilité du croyant est de s’y opposer en esprit et en action.

La politique est la science de l’ordre social humain, englobant l’éthique, la psychologie et l’histoire. La droite est le parti de l’ordre politique. La politique idéale de la droite est la société hiérarchique à trois étages dans laquelle le sacré gouverne le martial, qui à son tour  gouverne l’économique. Cela assure la domination sociale des valeurs supérieures. La métaphysique de la tradition primordiale, se réoccupant de la préservation de l’ordre divin dans l’homme, la nature et la société, et guidée par le principe hermétique « tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », est naturellement en accord avec la droite politique.

L’écologie est la science se préoccupant de la totalité de l’espace de vie de l’homme, son oikos, la Terre et la nature. C’est une science naturelle et elle est donc subordonnée à la métaphysique ; mais, comme d’autres sciences traditionnelles comme l’astronomie, la géométrie et la musique, son étude peut offrir un aperçu dans l’esprit de Dieu. De même que la métaphysique est la science de l’ordre cosmique, et que la droite est le parti de l’ordre sociopolitique, l’écologie intégrale est l’étude de l’ordre naturel. Elle recherche la connaissance de la loi naturelle et, lorsqu’elle est honnêtement évaluée, se prête davantage à la droite politique. En pratique, elle soutient aussi la préservation de la nature sauvage contre l’exploitation et la destruction irréfléchies. Les raisons de cela sont en partie esthétiques, en partie par prudence, en partie pour préserver un havre spirituel contre la civilisation, mais surtout parce que la nature sauvage représente d’une manière unique l’œuvre de Dieu, affectée par la volonté humaine mais pas entièrement déterminée par celle-ci. Si l’humanité est en un certain sens déchue de son état originel de noblesse, la nature demeure non-corrompue et est un miroir de la réalité transcendante. La plus haute vocation de l’homme est d’agir non pas comme conquérant et destructeur, mais plutôt comme intendant et contemplateur.

Une objection à cette formulation pourrait être que l’écologie – comprise dans son sens secondaire comme une préoccupation pour la dégradation de l’environnement naturel – apparaît seulement, si elle apparaît, dans un petit nombre d’exposés de métaphysique traditionnelle ou de théoriciens de la droite. L’amour de la vie sauvage et le désir de sa préservation est simplement une invention sentimentale des romantiques du XIXe siècle et de leurs héritiers utopiens des années 60. Cependant, cela ne représente qu’une vision limitée de la question.

Avant tout, si l’amour exprimé pour les paysages et les décors grandioses est un phénomène du XIXe siècle, il a certainement des précurseurs dans les épopées et les poèmes médiévaux, et il est difficile d’imaginer que les hommes des temps passés étaient insensibles au sublime et au beau. Il suffit de lire Homère, Virgile, les poètes anglo-saxons et Dante pour trouver des métaphores et des descriptions naturelles pour rivaliser avec tout ce qui fut écrit par les romantiques britanniques. Les réserves de chasse des royautés européennes ne servaient probablement pas seulement de récréation, mais étaient probablement gardées comme un refuge pour la contemplation esthétique et spirituelle. De plus, dans les temps anciens, les hommes se retiraient dans la nature sauvage pour se rapprocher de Dieu ; elle était déjà connue pour être un endroit où on pouvait rencontrer la réalité primordiale plus directement. La civilisation est encline à la distraction, à l’impiété, et à la décadence, et requiert l’expérience fréquente de la dureté naturelle pour la modérer. Les hommes de jadis craignaient davantage la nature sauvage, certainement, mais c’était à leur crédit. C’est notre manque de crainte et de respect qui nous a rendus plus arrogants et illusionnés que les hommes de n’importe quelle époque passée.

Deuxièmement, s’il est vrai qu’une opposition ouverte à la destruction de l’environnement naturel n’apparut pas avant le XIXe siècle, c’est simplement parce qu’une telle protestation n’était pas nécessaire alors. Si les humains ont affecté leur environnement à une échelle assez massive dans les époques précédentes, rien ne pourrait se comparer en étendue et en fréquence aux ravages mondiaux croissants de l’industrialisme. Et les premiers défenseurs de la nature sauvage contre sa dégradation furent le plus souvent des hommes de droite – des aristocrates, des poètes, et des antimodernistes qui étaient soupçonneux vis-à-vis du progrès et de l’industrialisme et qui voulaient préserver la nature sauvage comme un bastion des valeurs nobles et spirituelle dans une époque de plus en plus vulgaire.

Comme je l’ai dit ailleurs, ce serait une exagération de prétendre que tous ces penseurs et doctrines précédemment discutés étaient proto-écologiques ou, d’ailleurs, même concernés de loin par la préservation de la nature sauvage. C’est en partie du fait que, jusqu’à l’époque de la Révolution Industrielle, ce n’était simplement pas une question courante. Nous ne savons pas ce que nous possédons, jusqu’à ce que cela ait disparu.

L’anti-tradition et ses manifestations contemporaines

Ayant ainsi établi la relation entre métaphysique traditionnelle, droite politique et écologie intégrale, il serait utile de faire quelques brèves remarques concernant leurs opposées. Celles-ci sont ascendantes dans l’ère moderne, un marqueur de la décadence et de l’impiété de l’époque.

Il y a une métaphysique alternative ou négative, une « anti-tradition » qui nie l’existence d’un ordre plus élevé et qui se compose de nihilisme, de subjectivité, de nominalisme, de matérialisme et d’anthropocentrisme. Elle cherche à détrôner le royaume transcendant et faire de l’homme la mesure de toutes choses. Elle fit cela, d’abord, en transformant Dieu en horloger lointain et en rendant la loi de la nature synonyme des notions des Lumières – le progrès et la moralité. Plus tard, elle nia complètement Dieu et fait de l’humanité elle-même le seigneur de la création, capable de briser toutes les limites de la nature et de créer un monde parfait. C’est, en pratique, la théologie de Satan (le premier gauchiste), et l’adversaire éternel de toute vraie métaphysique. Puisqu’elle enseigne que l’homme peut échapper aux limites et aux exigences de l’ordre supérieur et vivre d’après sa propre volonté – se rendant semblable à un dieu –, elle tend finalement à un rejet de toutes les contraintes métaphysiques sur le comportement humain. Son résultat final est une célébration de l’anarchie et de la licence, d’où son association avec la gauche politique.

Dans son approche de la science, et de l’écologie en particulier, cette anti-tradition maintient que l’humanité est d’une manière ou d’une autre séparée de la nature et libre de fabriquer sa propre réalité (le progressisme), ou nie l’existence d’une réalité ou d’une nature indépendante de la subjectivité humaine (constructivisme postmoderniste). Son « environnementalisme » est coupé de tout fondement métaphysique approprié et est donc simplement subversif. Les critiques environnementales sont le plus souvent de simples armes pour attaquer l’ordre capitaliste patriarcal, de la même manière que les gauchistes n’utilisent typiquement la science que comme un instrument pour frapper les doctrines religieuses traditionnelles. Ses condamnations de la consommation et du matérialisme sont simplement des incitations à la révolution marxiste par d’autres moyens, et ses partisans rejettent « l’idée reçue de la nature sauvage » comme un concept élitiste. Même lorsqu’elle prétend soutenir la préservation de la nature sauvage, sa préoccupation principale est de forcer la nature à servir les besoins humains (matériels ou idéologiques) et elle est finalement plus intéressée par une notion illusoire de « justice environnementale » que par la préservation de l’ordre naturel ou de la beauté.

Il n’y a pas besoin de réfléchir beaucoup pour voir que cette anti-tradition repose sur plusieurs idées fausses et contradictoires. D’abord, l’idée de hasard aveugle, d’évolution aléatoire, et tout le matérialisme athée qui passe pour de la science objective dans l’académie contemporaine masque en réalité simplement un certain nombre d’hypothèses métaphysiques hasardeuses. Le dogme moderne selon lequel le cosmos est simplement un maelstrom de stupidité tournoyante n’est aucunement évident en soi, n’a jamais été prouvé, et ne fut pas accepté durant l’immense majorité de l’existence humaine. Sans parler des effets pratiques de l’anti-tradition, qui a été adoptée par la gauche politique et utilisée pour promouvoir une vision fausse du monde naturel. D’abord, la subjectivité et le nihilisme complet au cœur de l’anti-tradition ne soutiennent en aucune manière le dévouement supposé de la gauche pour la liberté et l’égalité. Pendant les cinq cent dernières années, il est devenu clair que, quoi que croient leurs idiots utiles, les forces occultes qui contrôlent la gauche ne se soucient pas le moins du monde de mettre fin à la pauvreté ou à l’oppression, de « sauver la planète », d’améliorer le sort de la classe ouvrière, ou d’assurer la paix mondiale. Ils ne le pourraient pas non plus, parce que leur relativisme fondamental fait de tout principe rien de plus qu’une préférence personnelle ; d’où la volonté de la gauche de garder des groupes d’intérêts profondément contradictoires (musulmans fondamentalistes, féministes radicaux) sous son ombrelle du fait de leur dévouement partagé pour détruire la civilisation européenne traditionnelle.

Il est aussi devenu clair pendant les cinq cent dernières années que la gauche est une bête insatiable qui est rendue plus forte par chaque concession qui lui est faite. C’est pourquoi la société s’est déplacée continuellement vers la gauche, devenant toujours plus nihiliste et permissive, supprimant toute restriction traditionnelle au comportement humain, au point que nous voyons maintenant une dégénérescence sans précédent depuis la fin de la Rome impériale et la République de Weimar. Le vrai but de la gauche est la destruction de la société traditionnelle et la « libération » des gens de leurs attaches. Une fois qu’ils sont transformés en consommateurs atomistes et hédonistes, ces sujets déracinés peuvent être facilement dirigés par les bureaucrates éclairés qui constituent le vrai leadership de la gauche.

De même, le monopole supposé de la gauche sur la préservation environnementale est aussi minée par sa métaphysique anti-traditionnelle. Car si nous ne reconnaissons pas une valeur objective à la nature, si notre intérêt à la préserver est simplement dû à des préférences personnelles subjectives, comment pouvons-nous la défendre contre des demandes apparemment plus pressantes pour davantage de logements, de banlieues, d’emplois, des plus hauts niveaux de vie, et ainsi de suite, qui ne feront qu’accroître la pression sur le peu d’espaces sauvages qui nous restent ? Ainsi l’environnementalisme de gauche dégénère toujours en humanitarisme, qu’il appelle « justice environnementale ». Leur rejet complet de toute notion d’ordre naturel, ou de toute transcendance, ne se prête certainement pas à la préservation de la nature sauvage. En réduisant simultanément l’existence humaine à ce qui est purement matériel et en élevant l’humanité au rang de tyran incontesté de l’univers, l’anti-tradition moderne a effectivement supprimé toutes les restrictions traditionnelles au comportement humain. Ce n’est donc pas une surprise que la pire dégradation environnementale se soit produite durant la période moderne.

Pour conclure, l’Homme de Droite tend vers une compréhension holistique du cosmos et de sa place dans celui-ci, par opposition aux engagements contradictoires, opportunistes et hasardeux de ses adversaires simplement insurrectionnistes. Si la situation politique semble devenir toujours pire à ce jour, nous ne devrions jamais nous laisser conquérir par l’esprit de l’époque.

Notes

[1] [7] C’est aussi, je dois noter, le nom donné aux enseignements catholiques sur l’environnement détaillés dans l’encyclique du pape François, Laudato Si. Dans une certaine mesure, c’est approprié puisque (comme je le postule dans cet essai) le christianisme catholique est le véhicule de la connaissance traditionnelle dans le monde occidental. Cependant, dans son exposition par le pape François et ses commentateurs, l’écologie intégrale souligne à l’excès la dimension humaine de l’équation, subordonnant essentiellement l’écologique au bien-être humain. C’est typique de l’Eglise contemporaine mais en opposition avec le catholicisme romain historique, pour lequel beaucoup de choses – le salut des âmes, le maintien de l’ordre social, la violence justifiée en défense de l’innocent – étaient plus importantes que la simple préservation de la vie humaine.

[2] [8] Je suis bien conscient que beaucoup de lecteurs trouvent le christianisme contestable, et à ceux-là je dirai qu’une attitude similaire peut être trouvée dans le néoplatonicisme antique, ainsi que dans certaines écoles de l’hindouisme, du bouddhisme et du taoïsme. Les religions européennes indigènes sont mortes et dispersées sans aucune chance de reconstruction complète, alors que les religions orientales nous sont tout à fait étrangères et n’ont pas de véritable ancrage dans une âme européenne modelée par deux millénaires de christianisme. Cependant, pour ceux qui souhaitent entreprendre le défi de cette reconstruction, les thèmes centraux de cet essai s’appliquent tout de même.

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